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Copenhague : seul le climat politique a refroidi

Lundi, 21 Décembre 2009 11:47

A-t-on "tué l'espoir" ?

12 jours de sommet à Copenhague pour aboutir à une seule déclaration d'intention : limiter à 2° le réchauffement climatique d'ici 2050. Les critiques fusent, et elles sont le plus souvent fondées : en effet, nul accord n'a permis de se fixer des objectifs chiffrés. Un laxisme total qui laisse plusieurs millions de citoyens du monde sur leur faim. Les enjeux sont pourtant là et on le sait : réchauffement prévu de 3,5° d'ici 2050, hausse du niveau de la mer, déplacements massifs de populations, épuisement des énergies classiques...
Pourquoi un tel échec ? L'échec de Copenhague est dû à un ensemble de facteurs dont la liste va sans doute s'allonger au fur et à mesure des commentaires et analyses sur le sujet.

D'ores et déjà, citons ces éléments qui se situent sur un plan politique :

- Pas de volonté politique
- Individualisme des Etats
- Absence d'unité de position au sein de l'Union européenne
- Remise en cause du fonctionnement même de l'ONU
- Manque d'ambition et de contraintes
- Pas d'objectifs chiffrés
- Non mise en place d'un organisme de contrôle des mesures prises en faveur de l'environnement
- Des négociations menées sans transparence ni cohésion
- Un sommet en tête à tête : Etats-Unis / Chine

Progresse-t-on sur le dossier environnemental mondial ?


Nicolas Hulot a dit en interview "on a tiré une balle dans la tête de nos enfants. On a tué l'espoir". Terne constat qui, malgré une déception toute fraîche, pose bien la question du temps. Encore combien de temps va-t-on pouvoir faire semblant ? Jusqu'à quand pourra-t-on repousser l'inévitable ?
Le seul moyen de relativiser est de regarder l'avancée sur ce dossier d'un point de vue historique.
En effet, si l'on accepte de se décoller de l'actualité pour étudier plutôt la progression historique, on s'aperçoit tout de même d'une chose : le souci environnemental est confirmé comme étant une véritable problématique mondiale et incontournable. Le GIEC (groupement d'experts international sur l'évolution du climat), créé en 1988, éveille les consciences en évoquant dans un rapport de 1990 un réchauffement climatique global et probable, et renvoie aux hommes la responsabilité de leurs activités dans l'accroissement de l'effet de serre.


L'idée fait son chemin pour aboutir au sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. Le traité CCNUCC (Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique) en est issu. Un principe fondamental est posé : "à une action internationale, efficace et appropriée, selon leurs responsabilités communes mais différenciées, leurs capacités respectives et leur situation sociale et économique". Pour être fédérateur, le traité se devait de tenir compte des spécificités économiques et historiques de tous les pays. Certains ont connu la Révolution Industrielle et ont beaucoup pollué à cette époque pour soutenir leur croissance. Ces pays voulaient alors responsabiliser des pays qui commençaient seulement à entrer dans l'économie de marché, au moment où ils avaient le plus besoin d'énergie ? Cela ne semblait pas juste et on a donc distingué les pays développés des autres.

Puis le protocole de Kyoto a été signé en 1997. Jugé très insuffisant par de nombreux commentateurs, il a pourtant exprimé un réel objectif contraignant pour les pays développés : en 2012, ils devront avoir réduit leurs émissions de gaz à effet de serre de 5% par rapport à 1990.
Le talon d'Achille de ce traité : Les Etats-Unis qui ont nui énormément à la portée de ce traité. Le Congrès a refusé de le ratifier malgré la signature d'Al Gore. Une fois George W. Bush au pouvoir, c'en était fini de Kyoto, perçu comme une menace sur l'économie américane. La Chine a donc pu adopter la même attitude sans complexe.

En 2007, le GIEC confirme et renforce ses positions quant au réchauffement climatique

L'arrivée de Barak Obama au pouvoir a fait espérer plus d'ouverture sur ces questions. Il ne fallait sans doute pas en attendre autant d'un président américain, qui, bien que davantage sensible à l'ouverture sur nombre de questions diplomatiques, n'en reste pas moins guidé d'abord par l'intérêt des américains. L'intérêt du pays est toujours prioritairement économique, quel que soit son bord politique !

L'histoire politique du changement climatique a toujours connu une progression en dents de scie, avec des avancées notoires, puis des mouvements de recul, mais le trend global plaide en faveur d'une avancée certaine dans le temps. Mais du temps, en avons-nous?

Force est de constater qu'à l'heure actuelle, le réchauffement climatique va plus vite que les accords internationaux. Bien sûr, on peut se dire que les Etats-Unis doivent prioritairement prendre conscience des enjeux mondiaux et décider d'agir. Que la Chine et les autres pays émergents devront peut-être alors adopter une position miroir face aux pays développés. Mais l'Europe ne gagnerait-elle pas à prendre valeur d'exemple en définissant une politique collective, volontaire et chiffrée ? L'Europe peut jouer ce rôle si elle n'attend pas l'ONU pour agir. Au passage, son degré d'intégration ne pourrait qu'en être renforcé. En toute matière politique, finalement, se pose la question de la souveraineté des Etats. Mais en matière d'environnement, sera-t-il si utile de régner sur une planète en plein chaos ?

Mise à jour le Mercredi, 23 Décembre 2009 08:13
 

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